Le clandestin a sans doute une famille qui pleure et des amis effondrés, mais on n’en saura rien. Son embarcation qui a fait naufrage au large des Canaries était évidemment en infraction. Cinquante disparus d’un coup c’est bien sûr une tragédie épouvantable…
Mais c’est une tragédie banale. Ca arrive une fois par mois, peut-être plus, peut être moins, on n’en sait rien. L’accident de car est rare et spectaculaire, le ravin attire les badauds, les caméras ont de quoi se mettre sous la dent. Le naufrage est nul question image, comment voulez-vous émouvoir les foules avec ça ? Le pèlerin est venu prié son dieu chez nous, il chantait pieusement des cantiques quand l’horrible accident est survenu, ce contraste qui confine à l’absurde métaphysique a de quoi frapper l’imagination. Le clandestin est venu se chercher un avenir chez nous, il voulait échapper à la misère et obtenir une vie meilleure et c’est la mort qu’il a trouvé : ce contraste a aussi de quoi frapper l’imagination, mais il faut faire un petit effort.
Parce qu’au fond le pèlerin vient en ami, en touriste, tandis que le clandestin vient pour nous piquer notre boulot (et on n’en a pas assez).
Le pèlerin arrache des larmes de compassion. Le clandestin fait soupirer d’un air accablé. Et il n’est pas bon pour l’Audimat. J-L P. ]
Libération du 20 juillet 2007, dans la rubrique en bref : [ Les garde-côtes espagnols recherchaient hier soir une cinquantaine de migrants africains, disparus en mer après le naufrage de leur embarcation au large des iles Canaries. 48 survivants ont été repêchés. Une vaste opération de secours, comprenant plusieurs navires et hélicoptères, a été lancée. ]

17 juillet 1942, la rafle du Vel d'Hiv.
camp de ségrégation de Tule Lake






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