Jeudi 11 décembre 2008
Monsieur le Président de la République
et président de l'Union européenne,

En ce jour du 60ème anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, si les Français ont oublié ce qu'était la torture et les effets de la dictature (contrairement à beaucoup de pays dans le monde), les patients que nous recevons dans nos centres de soins, eux, ne l'ont pas oublié.
Demandeurs d'asile ou réfugiés, originaires de pays d'Afrique, d'Asie ou d'Europe de l'Est, ils subissent au quotidien les séquelles de la torture : angoisses, cauchemars, réminiscences, irritabilité, etc.
Pour que ces séquelles s'effacent et puissent laisser place à une vie reconstruite, il est essentiel que les survivants de la torture soient soignés.
C'est grâce aux soins que ces survivants, ces surhommes et ces « wonder-women » mais aussi ces enfants, qui ont déjà réussi à survivre au pire et ont dû traverser des épreuves inimaginables pour arriver en France, peuvent se reconstruire un avenir.
Il est essentiel aussi qu'ils soient reconnus au plus vite à leur arrivée en France pour que les soins spécifiques dont ils ont besoin puissent leur être prodigués et pour que la procédure de demande d'asile soit adaptée à la réalité de leur souffrance.

Or aujourd'hui plus que jamais, et malgré le fait que les législations européennes et nationales reconnaissent ces soins comme un droit, la réalité est tout autre.

La directive « Accueil » 2003/9/CE oblige les gouvernements européens à financer des soins spécifiques pour les victimes de torture. Pourtant, très peu de gouvernements européens ont jusqu'à présent assumé pleinement leurs responsabilités. Les centres dépendent donc fortement des financements de l'Union européenne et du Fonds de Contribution volontaire des Nations Unies pour les Victimes de Torture (UNVFVT). La situation financière des centres se trouve davantage menacée depuis 2007 : la Commission européenne finançait jusqu'alors les centres de soins pour victimes de torture, indépendamment de leur situation géographique. En 2007, elle a annoncé vouloir se désengager du financement des centres situés dans l'Union européenne en s'appuyant sur la directive « Accueil », mais sans pour autant s'assurer de la réalité des financements gouvernementaux au niveau national.

La situation en Europe des centres de soins pour victimes de torture est donc critique.
A ce jour, six centres en Europe sont condamnés à la fermeture, dans un délai allant de quelques jours à quelques mois : en Grèce, en Roumanie, en Italie, en Irlande dans l'Union européenne mais aussi au Kosovo et en Moldavie aux frontières extérieures de l'Union. En France aussi, la fin des financements en 2010 laisse craindre le pire pour tous les centres, et notamment pour Parcours d'Exil, qui reçoit environ 900 patients par an.
Chaque fermeture a pour conséquence immédiate l'abandon de l'aide auprès de plusieurs centaines de personnes, puisque le relais n'est pour le moment jamais pris par les Etats.

Il est crucial qu'une action politique, symbolique et humanitaire forte soit mise en œuvre de façon urgente pour que ces centres soient maintenus mais surtout pour que les gouvernements de l'Union européenne prennent conscience de l'urgence et assument leurs responsabilités vis-à-vis des victimes de torture. L'Europe doit être un modèle pour le reste du monde en matière de soins aux victimes.

Comme nous l'avons-nous-mêmes préconisé dans les recommandations de la conférence européenne des 28 et 29 octobre dernier sous le label de la Présidence Française de l'Union européenne, la Commission européenne a proposé le 3 décembre dernier des modifications à la Directive « Accueil » dont :
« [l'instauration] des dispositifs au niveau national afin d'identifier, dès le début de la procédure d'asile, les personnes ayant des besoins particuliers, et de leur garantir un traitement approprié »

La France, patrie des Droits de l'Homme et présidente pour quelques jours encore de l'Union européenne, se doit de porter au plus haut niveau la cause des survivants de la torture, et ce sur le long terme.

Sans une réelle volonté politique, il n'y aura pas d'avenir pour les victimes elles-mêmes qui, sans soin approprié, ne pourront reconstruire leur vie, ne pourront partager avec nous apporter toute la richesse et toute la force qu'elles ont accumulées pour survivre à cette ignominie qu'est la torture ! Pas d'avenir non plus pour les centres de soins qui ont consacré toute leur énergie à soutenir les victimes depuis parfois 20 ans.
Ni pour la démocratie, mise en danger partout dans le monde tant que la torture restera un outil politique de la terreur !

Monsieur le Président, en cette date anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, en cette fin de Présidence française de l'Union européenne, en ce début encore de votre mandat,

Aidez-nous à les aider !
Aidez-les à retrouver leur dignité !
Aidez l'Europe à assumer ses responsabilités !

Aidez les survivants de la torture !

Avec toute notre considération,
Pierre Duterte Brita Sydhoff
Médecin Directeur Secrétaire Générale
Parcours d'Exil IRCT



Un mot sur les signataires
Parcours d'Exil est une association loi 1901. Elle soigne gratuitement depuis 2002 les victimes de torture qui, après un parcours long et périlleux, sont parvenues jusqu'à notre pays pour y demander l'asile. En 2007, ce sont 900 patients qui ont ainsi bénéficié de ses soins (www.parcours-exil.org).
L'IRCT (International Rehabilitation Center for Torture victims) est la fédération mondiale des centres de soins pour victimes de torture et réunit 142 centres de soins de par le monde entier (www.irct.org).

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Lundi 10 novembre 2008
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Samedi 18 octobre 2008


Communiqué
Montreuil, le 17 octobre 2008
Des ponts, pas des murs


Nous ne pouvons plus laisser la question des migrations aux seules mains des Etats, qui plus est des Etats du Nord, dans un contexte où la crise économique et financière augmente déjà la pauvreté et risque de renforcer la xénophobie dans les pays d'accueil et de transit des migrants.
Nous ne voulons pas, en réponse à cette situation, d'une politique qui transforme l'Europe en forteresse. A nous, sociétés civiles du Nord et du Sud, d'inventer ensemble d'autres politiques migratoires et de développement, qui soient fondées sur la justice et le respect des droits et de la dignité humaine.
Nous voulons des ponts, pas des murs !
Nous demandons au gouvernement français qui préside l'Union européenne d'impliquer les sociétés civiles lors de la 2ème Conférence ministérielle Union européenne – Afrique sur « Migrations et Développement » qui aura lieu à Paris fin novembre.
En ce soixantième anniversaire de la Déclaration universelle des Droits de l'Homme, nous lui rappelons l'universalité de ces droits, qui s'appliquent à tous, et donc aux migrants, qu'il aient des papiers ou non.
Nous exigeons :
1. l'application de l'article 13* de la Déclaration universelle des droits de l'Homme en incluant la dépénalisation du franchissement “illégal” des frontières, la ratification de la Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et de leurs familles, et le respect effectif de la Convention internationale sur les droits de l'enfant dans les pays de départ, de transit et d'accueil ;
2. de permettre à tous les migrants d'avoir accès à une complète citoyenneté et de fonder toutes les réglementations concernant les migrants sur l'égalité des droits entre tous les citoyens. Dans l'immédiat, nous exigeons d'élargir les conditions applicables aux résidents communautaires, notamment le droit de vote, à tous les résidents ;
3. le refus de la subordination entre le droit au séjour et le droit au travail, le respect du droit à la vie privée et familiale et l'autonomie du statut pour chacun des conjoints ;
4. la mise en oeuvre du droit au développement tel qu'il est défini par la déclaration sur le droit au développement adoptée par les Nations unies en 1986 et l'annulation immédiate de la dette des pays du Sud, d'autant qu'elle rend les Objectifs du Millénaire pour le Développement inatteignables ;
5. des gouvernements du Sud le refus de la signature d'accords bi ou multilatéraux qui portent atteinte à leur intégrité et à leur dignité et comportent des conditionnalités et notamment des clauses de réadmission ;
6. l'arrêt de la militarisation des frontières africaines imposée par l'Union européenne ;
7. la liberté de choix et d'accès du pays d'accueil pour les demandeurs d'asile et les réfugiés (refus du dispositif dit “de Dublin” et des pays dits “sûrs”) et la suppression de toutes les formes d'externalisation des procédures d'asile ;
8. une interprétation extensive de la notion de réfugié, incluant notamment les victimes d'atteintes aux droits économiques, sociaux et environnementaux et les persécutions collectives ;
9. en attendant la fermeture de tous les lieux d'enfermement, l'interdiction de la détention des demandeurs d'asile et la création de mécanismes indépendants de contrôle de ces lieux ;
10. la protection des femmes victimes de violences de toute nature ;
11. une réelle visibilité des actions concrètes des femmes migrantes dans les pays d'origine,
de transit et d'accueil dans les enceintes de discussion nationale et internationale ;
12. la protection sans conditions des migrants mineurs et notament l'interdiction de leur enfermement et de leur expulsion, le respect effectif de leur droit à la formation et à l'éducation, ainsi que la régularisation des jeunes majeurs.


* Art 13 de la DUDH “Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l'intérieur d'un Etat.
Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays.”


Pour plus d'informations :
 http://www.despontspasdesmurs.org/

 
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Mardi 14 octobre 2008
[... Et toc pour Brice Hortefeux. Le ministre de l’Immigration voulait faire taire la Cimade (service oecuménique d’entraide) en la chassant des centres de rétention administrative (CRA) où elle est la seule association autorisée à entrer pour assister les étrangers en instance d’expulsion. Or, le tribunal administratif de Paris lui a infligé ce mardi matin un sacré camouflet.

Selon nos informations, les juges ont suspendu l’appel d’offres lancé par Hortefeux le 22 août, et qui modifiait les conditions d’intervention des associations dans les CRA. Lundi, Sandra Glay-Caille, avocate spécialisée en droit des marchés publics, a déposé au nom de plusieurs associations (1) un référé contre cet appel d’offres. «Il est plein d’irrégularités très techniques en droit des marchés publics», explique Serge Slama, maître de conférence en droit public... ] - pour lire le reste de l'article de Libération du 14 octobre.


On se souvient qu'Eva Joly avait pris la défense de la Cimade il y a peu. Heureusement qu'il y reste encore des personnes pour prendre position et que quelque part... il y a une justice !


 

 

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Vendredi 10 octobre 2008



The Universal Declaration of Human Rights by Seth Brau



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Dimanche 5 octobre 2008
Qu'est-ce que je serais fière de voir une affiche comme celle-là
sur les murs des aéroports de France !


Photo prise le 8 juillet 2008 à l'aéroport Trudeau de Montréal


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Mercredi 24 septembre 2008
Quand on vous dit Vichy, vous pensez à quoi ?

A part si on est adepte des carottes du même nom, la première chose qui vient à l'esprit se résume en quelques mots : Seconde Guerre Mondiale, Pétain, collaboration, dénonciations, nationalisme...



Et bien voilà un évènement qui n'est pas prêt, quoiqu'en dise l'intéressé, de nous faire oublier cette période sombre de l'Histoire de France :

les 3 et 4 novembre 2008,
à l'initiative de Brice Hortefeux,
Vichy va acueillir
les 27 ministres européens
 de l'Intérieur et de la Justice
pour une conférence visant à renforcer
 l'approche continentale en matière d'intégration.



[Le maire de Vichy Claude Malhuret se réjouit que Vichy soit « l'une des rares villes françaises à avoir la capacité de recevoir une telle conférence politique. Depuis 63 ans, c'est à dire en 1945, aucune conférence politique importante ne s'est tenue à Vichy. Je considère que ce geste est probablement l'un des gestes politiques des plus forts pour notre ville. Pour cela je remercie Brice Hortefeux, à titre symbolique ».
« J'ai toujours eu à coeur la préoccupation de faire avancer l'Auvergne, et l'organisation de cette conférence à Vichy est une seconde bonne nouvelle après le signal fort, solide et optimiste que j'ai obtenu pour construire l'Auvergne en ce qui concerne les transports », a souligné le ministre Brice Hortefeux.
« Cette conférence européenne permettra je l'espère de mieux faire connaître l'Auvergne et Vichy à l'échelle de l'Europe. De nombreux journalistes sont attendus pour passer deux jours durant l'été indien de Vichy », a-t-il ajouté.] - Lire l'article de la semaine de l'Allier dans son entier.


Pour l'instant, à part sur quelques sites vigilants, on n'entend pas parler de cette action d'éclat du Ministre de la Honte. Pour ma part, je reste quand même sans voix devant cette décision (sans voix mais pas sans colère !). Je n'arrive vraiment pas à déterminer si c'est de la bêtise ou s'il le fait exprès !


Par Mimi - Publié dans : actions, réactions
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Dimanche 17 août 2008

les ogres de barback &
magyd cherfi
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Par lettretitus - Publié dans : lu, vu, écouté
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Jeudi 26 juin 2008
16 juin 2008

Monsieur le ministre,

Vous avez souhaité rencontrer des représentants du Réseau Éducation Sans Frontières avant la présidence française de l’Union européenne. Dans le contexte actuel, une telle entrevue nous semble inutile. Nous ne répondrons pas à votre invitation.
Malgré les fortes réticences de certains d’entre nous, dues entre autres à l’intitulé de votre ministère, nous avions accepté d’être reçus l’an dernier pour ne pas condamner votre politique avant que vous l’ayez officiellement énoncée.

Depuis lors vous avez fait vos preuves, au-delà de tout ce qu’on pouvait redouter.
Vous avez fait voter une loi destinée à empêcher les parents et les enfants de vivre ensemble et jetant l’opprobre sur une immigration dont votre texte insinue, par son existence même, qu’elle serait trop prolifique et aux filiations si douteuses qu’il faudrait recourir aux tests ADN pour les établir –pratique jusqu’alors réservée aux affaires criminelles.
Vous avez assigné à vos services l’objectif de 25 000 expulsions en 2007, 26 000 en 2008, 28 000 en 2009, précisant à l’unité près, les quotas dus par chaque préfecture, comme s’il s’agissait de fret. Que n’exprimez-vous vos objectifs en têtes ou en quintaux ?

Une expulsion est un cataclysme. C’est tout à la fois une arrestation inopinée, un emprisonnement, la privation de son logement, un licenciement minute, la spoliation de la totalité de ses biens, parfois la séparation brutale d’avec son conjoint et ses enfants, la dislocation de tout lien avec son milieu et ses amis et une reconduite contrainte, éventuellement assortie de violences. C’est une humiliation totale dont on ne se remet pas. Le pays dans lequel on avait placé son espoir d’une existence nouvelle, qu’on avait parfois bataillé des années pour rejoindre, vous rejette, vous expulse et vous dépose comme un déchet, sans bagage, sur un tarmac où personne ne vous attend. Même quand les expulsés ont des proches au pays, il arrive que la honte les empêche de les rejoindre : celui qui faisait vivre toute une famille est devenu une charge. Nombre d’expulsés finissent désespérés, désocialisés, à la rue, mendiants, fous ou suicidés.
Ces ravages ne sont ni des accidents, ni des faux frais de votre politique. Ils sont son essence même.

Définissant le rôle de votre ministère dans une lettre aux évêques de France, vous assuriez : « Il faut […] adresser un message clair aux candidats à l’émigration, en leur démontrant que la clandestinité est une voie sans issue ». Comment faire cette démonstration ? Toute l’histoire en témoigne, les seuls « messages clairs » susceptibles de faire fuir une population de là où elle est établie ou de l’empêcher de se rendre là où elle espère un avenir sont la violence et la terreur. La société française n’est aujourd’hui pas prête à accepter le recours à la violence ouverte. Heureusement. Mais la longue liste des situations choquantes de brutalité engendrées par votre politique témoigne du risque d’une dérive.
Quelques exemples, en quelques mois, à Paris. 20 janvier 2008, Sena, 9 ans, passait 24h, seul, enfermé chez lui, terrorisé. Son père sans papiers était en garde à vue au commissariat du 10 au 8 février, Osman, 2 ans et demi était seul pendant 3 jours, son père en rétention à Vincennes, sa mère à l’hôpital en train d’accoucher. 4 mars, Cécile, 6 ans et Sylvie, 5 ans, étaient seules, leurs parents en garde à vue au commissariat du 20e… Mars, Jennifer, 2 ans et Yasmina, 2 mois et demi, seules pendant 15 jours, leurs parents en rétention, lui à Vincennes, elle à Cité… 27 mai 2008, Jeanne, 2 ans seule, son père en rétention à Vincennes, sa mère alors au Sénégal…
A chaque fois, la police était informée que les enfants étaient seuls. A chaque fois, des parents, amis, militants du RESF ont veillé à la sécurité des enfants ; Samir, 19 ans, élève du LP de Villeneuve sur Lot expulsé moins de 24 heures après son arrestation sur une convocation piège. Des arrestations au domicile de familles entières. 240 enfants en rétention en 2007. Yvan, Tchétchène de 12 ans, rendu invalide après être passé par la fenêtre à Amiens en août 2007 pour n’avoir pas affaire à la police française. Chunlan Zhang tuée à Belleville dans les mêmes circonstances. JohnMaïna, 19 ans, suicidé en février 2008 en apprenant que l’asile lui était refusé, Baba Traoré, 29 ans, noyé dans la Marne en avril 2008 pour échapper à un contrôle de police.

Ces morts, ces drames, ces automutilations, ce désespoir qu’engendre votre action ne vous hantent-ils pas ? Etes-vous fier d’imposer de telles missions à vos services ? Il vous arrive d’en dire peut-être plus que vous ne le souhaiteriez. C’est ainsi que vous déclariez dans Le Figaro du 25 avril 2008 : " Si mon souci est de répondre aux besoins des secteurs en pénurie de main d’oeuvre, j’ai aussi le devoir d’accompagner l’ensemble de la communauté nationale vers l’emploi. […] Dois-je laisser sur le bord de la route des étrangers qui ont fait l’effort d’entrer légalement sur le territoire, de satisfaire le parcours d’intégration ? Faut-il sacrifier leurs enfants nés ici ?…. "
Discours stupéfiant. Est-ce à dire qu’il y aurait des emplois « réservés » ? Occupés par des sans papiers aujourd’hui, ils seraient « offerts » aux immigrés en situation régulière ou à « leurs enfants nés ici », c’est-à-dire Français pour la plupart mais n’ayant pas la tête à l’être assez pour qu’on ne leur propose pas les emplois dévolus aux immigrés. Jusqu’à combien de générations ? A trop finasser on s’expose à laisser échapper une sottise … ou le fond de sa pensée ? Il serait utile que vous vous expliquiez clairement et le cas échéant, vous corrigiez ces propos.

La directive « retour » que vous avez adoptée avec vos collègues de l’Union européenne place les étrangers sans papiers dans des conditions proches de celle de l’état de siège : jusqu'à dix-huit mois  d'internement pour le seul fait d'avoir franchi des frontières et de vouloir vivre en Europe ; rétention et expulsion de mineurs et de personnes vulnérables (femmes enceintes, personnes âgées, victimes de torture...) ; possibilité d’expulser des personnes vers un pays de transit, même en l’absence de lien avec ce pays ; interdiction de retour sur le territoire européen pour une durée de cinq ans de ceux ayant été expulsés ; absence d'obligation de fournir un titre de séjour aux étrangers souffrant de maladies graves ; application aux mineurs isolés de l'ensemble de ces mesures.

Les objectifs que vous dites vouloir assigner à la présidence française (interdiction des régularisations, renforcement des actions policières, discours sur l’aide au développement, identiques depuis 1970) sont dangereux et, de plus, inefficaces.

Selon les chiffres de votre ministère, de 200 à 400 000 étrangers sans papiers vivent en France. Il vous faudrait de 8 à 16 ans pour les expulser tous, au rythme de 25 000 par an, à supposer qu’il n’y ait ni naissance, ni entrée nouvelle.

L’action du RESF depuis quatre ans a contribué à mettre en évidence une évolution profonde de la société française, l’acceptation de ce qu’elle est, une société diversifiée du point de vue de ses origines.

Le courant auquel vous vous rattachez prétend par calcul politicien enrayer cette tendance de fond. A cette fin, il recourt à des moyens attentatoires aux droits de l’Homme et à la dignité. Nous sommes convaincus que si d’aventure un manuel d’histoire consacre un jour quelques lignes à votre action, elles ne vous feront pas honneur.

Ajoutons, pour finir que rien dans vos récentes déclarations ne laisse augurer un changement de votre politique ni même l’ouverture d’un dialogue dont la seule fonction à vos yeux semble être une opération de communication en prélude à la présidence française de l’Union européenne.
Ces raisons, entre autres, nous font décliner votre proposition d’audience.
Nous vous prions, Monsieur le ministre, d’agréer l’expression de la considération que mérite votre politique.

 

Pour le Réseau Éducation Sans Frontières Richard Moyon
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Mardi 6 mai 2008
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